Dans le paysage français des boissons sans alcool, Gueule de Joie est immanquable. Cet e-commerce lancé en juin 2019 regorge de bières, vins, spiritueux, cocktails prêts-à-boire et autres “mixers” de qualité. Si bien que Jean-Philippe Braud court actuellement les plateaux TV quand il n’est pas occupé à traiter des commandes “en forte croissance depuis 6 mois”. Cet infatigable ambassadeur des boissons sans alcool répond aujourd’hui aux questions d’Ivresse. Avec un fil rouge: qu’est-ce qu’on boit ?

Comment vous êtes-vous intéressé aux boissons sans alcool ?

Jean-Philippe Braud : C’est davantage lié à une démarche personnelle qu'à une opportunité entrepreneuriale.

Il y a 3 ans, j’ai relevé le défi d’un mois de janvier sans alcool. Je voulais détoxifier mon corps après les fêtes, et surtout vivre une expérience inédite. Cela faisait environ 15 ans que je buvais, et comme la plupart des Français, je ne m’étais jamais posé la question de mon rapport à l’alcool. 

En 2018, le Dry January n’était pas encore très répandu en France. Or, les apéros, dîners et autres moments festifs sont des moments alcoolisés la plupart du temps. Je voulais maintenir ces occasions de partage avec mes proches. Ne surtout pas me renfermer sur moi-même pour ce mois de janvier inédit. 

Rapidement, la question est venue : “qu’est-ce que je peux boire sans alcool ?” Il y a les BRSA (boissons rafraîchissantes sans alcool) regroupant les sodas, thés glacés, eaux aromatisées… Il peut y avoir là de bons produits, mais ils ne sont pas très festifs en général.

J’ai alors effectué quelques recherches sur Internet, qui m’ont mené à l’étranger où j’ai trouvé - et commandé ! - de nombreuses références de bières, vins et spiritueux sans alcool. Par rapport à leurs équivalents alcoolisés, ces boissons ont les mêmes codes de consommation, les mêmes traditions (viticole, brassicole…) et les mêmes matières premières. Ensuite, soit ces produits ne connaissent pas de fermentation alcoolique (ou alors celle-ci est très rapide), soit ils subissent un processus de désalcoolisation.

Quelle a été la première boisson pour laquelle vous vous êtes dit : “c’est possible de ne plus boire d’alcool” ?

J.P.B. : Lors de mes premières recherches, j’ai goûté beaucoup de choses. Avec à la clé beaucoup de déceptions, il faut le dire.

Et puis, les bières de la brasserie vandeStreek furent une révélation. Une telle offre m’a permis d’avoir du plaisir à consommer une alternative sans alcool. Cela fait partie des éléments qui m’ont convaincu de lancer Gueule de Joie.

Justement, comment éviter d’être déçu en essayant des alternatives sans alcool ?

J.P.B. : Il y a pour moi trois segments culturellement très différents : les vins, bières, et spiritueux / cocktails.

Les bières sans alcool sont de très grande qualité et remportent systématiquement l’adhésion. J’ai 100 % de retours positifs de la part des personnes qui consomment les bières que je vends. Et nombre de ces clients sont des experts des bières, qui veulent modérer leur consommation d’alcool à un moment et/ou qui font preuve de curiosité en s’essayant au “sans alcool”.

Gamme de bières sans alcool de Gueule de Joie

Pour le vin sans alcool, c’est différent. Cela demande de s’ouvrir, d’éduquer son palais à une autre façon de boire. Il y a de très bons vins sans alcool mais le cheminement vers l’appréciation de ceux-ci est plus long.

Vins blancs sans alcool et équivalents chez Gueule de Joie

Pour les spiritueux sans alcool, même constat que pour le vin. On passe de 40 % à 0% d’alcool. On ne peut retrouver la même sensation en bouche. Avec un spiritueux sans alcool, on appréciera des arômes subtils, la qualité de l’assemblage, et des cocktails avec moins de sucre, plus naturels et donc plus sains.

Spiritueux sans alcool de Gueule de Joie

Que buvez-vous à l’apéro en ce moment ?

J.P.B. : Un classique : une bière IPA de chez vandeStreek.

Et à table ?

J.P.B. : Actuellement, un Domaine de l’Arjolle. C’est une nouveauté qui vient d’un domaine viticole créé en 1974 dans le sud de la France et qui s’est ouvert à la désalcoolisation. Je suis ravi qu’une telle démarche vienne d’un viticulteur.

Justement, auriez-vous un accord met-boisson sans alcool à recommander ? 

J.P.B. : Je prendrais une bonne bière stout sans alcool, une brune donc, aux notes de chocolat et de café. Pour les fêtes, cela se marie divinement avec les huîtres. Cet accord pourrait surprendre, mais c’est de saison ! 

Un autre accord : un vin blanc sans alcool et un plateau de fromages frais. Le vin blanc sans alcool va apporter ici de la rondeur en bouche, et le duo sera explosif. 

Comment voyez-vous l’offre de boissons sans alcool évoluer dans les années à venir ? 

J.P.B. : Elle va se démocratiser et se développer. De plus en plus de viticulteurs et brasseurs français s’y mettent. Ils sont motivés par le fait qu’il y a de la qualité qui vient de l’étranger, cela les motive. Il est intéressant qu’un tel savoir-faire serve à produire des boissons sans alcool. D’autant qu’on observe plus de clivage net entre les boissons alcoolisées et le “sans”, comme cela pouvait être le cas il y a 10 ou 15 ans. Les grands groupes alcooliers ont également de grandes perspectives pour le “sans alcool”.

Ce n’est pas une mode passagère. Mais la demande ne peut se déclarer que s’il y a une offre abondante. D’ailleurs, l’abondance de produits sur Gueule de Joie rassure les visiteurs du site et les convainc d’essayer ces alternatives.

Va-t-on rester sur des alternatives “sans” (vins, bières, spiritueux) ou de nouveaux genres de breuvages vont émerger ?

J.P.B. : Il y a déjà le kéfir, le kombucha, ou des accords thé et mets qui sont intéressants. Mais je suis convaincu que les Français ont des usages bien ancrés. Cela est plus simple de les amener vers le “sans alcool” avec des alternatives équivalentes à ce qu’ils connaissent déjà, que ce soit visuellement ou gustativement.