À la création d’Ivresse, j’ai immédiatement pensé à un article répondant aux interrogations que les futurs parents peuvent se poser vis-à-vis de l’alcool et du sans alcool pendant la grossesse. Qu’est-il raisonnable de boire du côté de la (future) maman ? Toutes les boissons sans alcool sont-elles sans risque ?

Face à un tel sujet, je ne me voyais pas mener mes recherches seul. Si bien que lorsque SAF France m’a contacté, j’étais ravi de pouvoir m’entretenir avec cette association fondée par Denis Lamblin, un pédiatre qui a décidé d’œuvrer dans la prévention après avoir traité plusieurs enfants atteints de troubles liés à l’alcoolisation in utero.

Quels sont les risques liés à la consommation d’alcool pendant la grossesse ?

La mission d’Ivresse est d’explorer la richesse des alternatives à l’alcool, pas nécessairement de vous dissuader d’en boire. Chacun ses raisons ! Cependant, les conséquences d’une consommation d’alcool pendant la grossesse peuvent être si déterminantes pour la vie d’un enfant qu’il me paraît important de relayer un minimum de prévention, d’autant que 51 % des Français n’ont pas connaissance du Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF).

Comme l’explique l’association SAF France, le SAF affecte 1 enfant sur 1 000. C’est la forme la plus sévère des conséquences de la consommation d’alcool pendant la grossesse. Elles peuvent être massives : retard de croissance, retard psychomoteur, malformations du visage, et troubles cognitifs majeurs avec parfois une déficience intellectuelle.”

Plus fréquents, les Troubles Causés par l’Alcoolisation Foetale (TCAF) concernent 1 enfant sur 100 selon SAF France. Les TCAF “englobent de nombreux troubles” cérébraux. “Les enfants atteints ont des difficultés à maintenir leur attention, à ne pas se laisser distraire et à apprendre à l’école du fait de troubles « DYS » (surtout la dyscalculie). Ces difficultés sont souvent associées à des troubles du comportement par défaut d’empathie, des troubles de l’auto-contrôle et de la régulation des émotions à l’origine de leurs difficultés à s’adapter à la vie sociale. L’ensemble des TCAF représente la 1re maladie neuro-développementale non génétique évitable.” Les TCAF ne sont connus que par 42 % des Français. Et comme ils ne se déclarent qu’au bout de quelques années, ils sont rarement attribués à la consommation d’alcool pendant la grossesse.

Quelle est la quantité d’alcool "sûre" ?

Comme le précise Alcool Info Service (Santé publique France), “les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas de déterminer un niveau de consommation d’alcool ou une quantité d’alcool qui serait sans risque pour l’enfant à naître. En vertu du principe de précaution, il est recommandé aux femmes enceintes de s’abstenir de toute consommation d’alcool pendant toute la durée de leur grossesse.”

Les moments les plus critiques pour le développement du fœtus dans un contexte alcoolisé ne sont pas connus, hormis que les organes de l’enfant peuvent être atteints lors des premiers mois de grossesse.

Vous l’aurez compris : il est déconseillé de boire de l’alcool pendant 9 mois. Même pas “un petit verre de temps en temps” ou “ce n’est pas grave, ma mère buvait chaque soir, regarde le chef-d’œuvre !”

Cette recommandation de “risque zéro” diffusée par les autorités est cependant à confronter à différentes études scientifiques apportant quelques nuances comme l’a révélé Béatrice Kammerer dans un article de 2016 pour Slate. Certaines enquêtes ont en effet identifié un risque faible pour les buveuses occasionnelles. De quoi déculpabiliser et rassurer les (futures) mamans, et en particulier celles qui ont appris leur grossesse tardivement et ont bu régulièrement sans savoir qu’elles étaient enceintes.

Pour résister à la pression sociale ou la tentation épicurienne liées à l’alcool, les futures mères doivent être “soutenues par leur famille, et en particulier par leur conjointe(e)”, déclare Sarah Piron, responsable communication de SAF France. Après tout, le / la partenaire peut être solidaire et aussi se passer d’alcool pendant 9 mois, n’est-ce pas ?

Enceinte, que pouvez-vous boire à l’apéritif ou lors d’un dîner ?

Vins, bières et spiritueux sans alcool… les principales typologies de boissons présentées sur Ivresse, de par leur appellation “sans alcool”, pourraient en théorie être consommées en toute sécurité par une femme enceinte. Mais il y a un “mais”.

La plupart des bières ou vins désalcoolisés oscillent entre 0,0 % et 0,5 %. Les bières sans alcool peuvent légalement titrer jusqu’à 1,2 %.

Y a-t-il donc un taux acceptable pour ces boissons “sans alcool” dans le cadre d’une grossesse ? “Il n’y pas d’étude sur l’impact des bières à 0,5 %. On n’en connaît pas l’incidence”, précise Jessica Savigny, responsable projets chez SAF France.

Le principe de précaution voudrait que les boissons à 0,0 % d’alcool soient privilégiées.

Mais l’évaluation subjective du risque revient évidemment à la future maman. Dans un contexte festif, “si une maman n'a pas le choix entre une bière sans alcool et une bière avec alcool, nous recommanderons toujours l’alternative sans. Mieux vaut privilégier les bières sans alcool du tout", indique Sarah Piron, responsable communication de SAF France.

Autre précision : les boissons vivantes comme le kombucha et le kéfir ne sont pas conseillées aux femmes enceintes. En effet, ces boissons ne sont pas pasteurisées pour la plupart. Et dans ce cas, leur fermentation continue en bouteille, ce qui peut engendrer un très léger taux d’alcool, qui n’est pas mesuré le plus souvent.

Enfin, attention aux sucres des tonics ou bières… Qui dit grossesse, dit parfois diabète gestationnel. Désolé d’être désagréable.

Voilà pour les recommandations… Place à la babyshower ? Avec une coupe de Blanc de blanc sans alcool à la main - Le Petit Béret, 0,0% - cela va de soi.

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