Que vous ayez décidé de ne plus boire d'alcool pour le mois de janvier, pour la vie ou juste un lundi sur deux, une question se posera rapidement. Que pouvez-vous boire d'intéressant, de surprenant voire de réconfortant lors d'un apéritif ? Explorons les alternatives les plus élaborées avec ce premier état des lieux des boissons sans alcool pour adultes.

Les vins et bières sans alcool

Les vins et bières sans alcool représentent une porte d’entrée relativement aisée vers un  apéritif sobre. En effet, ces boissons se basent sur des usages préexistants, et rappelleront à ceux qui buvaient auparavant ce qu’ils connaissent déjà. 

Socialement, ces boissons “sans” peuvent passer inaperçues, et ne pas engendrer de débat. D’un point de vue gustatif, gare cependant à la surprise et / ou à la déception qui guette en passant de votre vin préféré à son équivalent sans alcool, j’y reviendrai prochainement. Cependant, des initiatives émergent pour que les vins “sans” aient des propriétés organoleptiques les plus riches possible. Citons par exemple le travail de Dominique Laporte, meilleur sommelier de France 2004, responsable de l’assemblage des saveurs des “boissons à profil de vin, 0,0% d’alcool” du Petit Béret.

Capture d'écran du site Le Petit Béret

Qu’est-ce qu’un vin sans alcool ? Il s’agit d’un vin qui, après sa fermentation alcoolique, connaît un processus de désalcoolisation pour en retirer partiellement ou intégralement son alcool. 

Sur ce segment, il existe aussi des boissons dont le but est de se rapprocher du goût, de l’odeur et de l’apparence d’un vin, et cela sans fermentation. Ces “BSA” (boissons sans alcool) mettent en avant leur cépage, leur couleur (rouge, blanc, rosé…), et ont une bouteille et une étiquette reprenant les codes viticoles. Les débats font parfois rage - allant jusqu’à des procès - entre les producteurs de vins issus de la désalcoolisation, et les BSA qui revendiquent le titre de vin sans alcool. Je m’intéresserai avant tout au goût de ces breuvages, sans favoriser plutôt l’une ou l’autre de ces techniques.

Qu’est-ce qu’une bière sans alcool ? Légalement, en France, il s’agit d’une bière titrant à moins de 1,2% d’alcool, comme le précise le décret 92-307 de 1992. Celle-ci est issue d’une d'une action de désalcoolisation ou d’une fermentation rapide. Heineken fait la promotion de sa bière “0,0%” depuis 2017. Côté bières craft, on observe plutôt des “mousses” titrant entre 0,3 % et 0,8 %, ce qui représente un taux d’alcool imperceptible à la consommation, du moins chez moi. Ces bières sont pour la plupart issues de fermentations rapides.

En illustration, la Punk AF, version sans alcool de la Punk IPA, la plus célèbre des bières BrewDog. Photo © BrewDog.

Les spiritueux et cocktails sans alcool

Les “spirits” sans alcool servent, le plus souvent, de base à des cocktails sobres (aussi appelés mocktails). Dans cette gamme, on retrouve des boissons s’apparentant au gin (JNPR n°1, Fluère, Djin), au rhum (Stryyk, Fluère) ou à la vodka (Fluère).

© JNPR

Les amateurs de gin tonic, de Moscow mule ou de dark & stormy navigueront ainsi en terrains connus. La marque française (et normande <3) JNPR vient également de lancer son BTTR n°1 qui devrait ravir les adeptes du spritz.

© JNPR

D’autres spiritueux sans alcool se positionnent de façon moins frontale face à leurs aînés alcoolisés. La marque anglaise Seedlip propose 3 boissons distillées sans alcool : Grove 42 (agrumes, gingembre et citronnelle), Spice 94 (épices et cardamome) et Garden 108 (floral). À boire en cocktail uniquement, le goût ne se prêtant pas à une dégustation “on the rocks”.

© Seedlip

Gimber est “une boisson sans alcool avec du caractère” car comprenant 38 % de gingembre bio. Ce concentré de puissance se consomme principalement dans des cocktails, mais peut servir aussi pour des recettes de cuisine ou des boissons chaudes comme le démontre dans la rubrique recettes du site de cette société belge.

© Gimber

Ces marques de “spirits” d’un nouveau genre étant récentes, elles sont en phase avec les préoccupations des consommateurs exigeants : le sucre, les édulcorants et les colorants sont absents de la plupart de ces boissons. Un packaging éco-responsable est aussi de mise le plus souvent.

Les tonics et sodas

Les meilleurs amis des spiritueux sans alcool sont sans conteste les tonics et autres ginger beers, de préférence des marques expertes comme Fever-Tree, Fentimans ou les françaises Kaskad ou La French s’il vous plaît.

© Fever-Tree

Au-delà de l’indian tonic ou de la ginger beer que vous devez connaître, on retrouve dans cette gamme de "mixers" les limonades, ginger ales et de nombreuses variantes de toutes ces boissons, qu’elles soient fumées, épicées ou fruitées.

Ces sodas peuvent être consommés seuls, tant leur goût étant subtil voire puissant dans certains cas. Les sucres sont néanmoins bien présents ici, et ces sodas élaborés peuvent parfois prendre le dessus sur les spiritueux sans alcool cités précédemment. À voir de trouver le juste équilibre, chers mixologistes en herbe !


Les boissons vivantes

Le kombucha et le kéfir sont des boissons issues d’une fermentation - très peu alcoolisée - et constituent pour moi une alternative sans alcool agréable à l’apéritif. D’une part pour leurs fines bulles, mais aussi car ce ne sont pas des ersatz de boissons alcoolisées, mais autre chose. Je suis convaincu que pour s’imposer à long terme, les BSA devront se libérer des référents alcoolisés. Mais nous n’en sommes pas encore là, revenons à nos boissons vivantes.

© Karma

Le kombucha est une boisson ancestrale, préparée depuis des siècles en Russie et en Chine. Le kombucha provient d’un symbiote de bactéries et de levures immergé dans du thé sucré. Ce symbiote est souvent appelé SCOBY (acronyme anglo-saxon), champignon ou mère de kombucha, et permet de réaliser plusieurs kombuchas de suite, que ce soit à la maison ou dans une brasserie. C’est une boisson vivante et peu sucrée, dont la fermentation continue en bouteille, sauf si le kombucha est pasteurisé. On la consomme le plus souvent mélangée avec un jus de fruit ou une infusion. 

On lui prête des vertus médicinales, entre autres pour le transit, mais aucun consensus scientifique n’a pour le moment confirmé ces promesses. A contrario, des cas d’intoxication ont été relevés. J’ai, pour ma part, survécu à quelques litres de Karma Kombucha Gingembre (mais pas en une fois). Le taux d’alcool d’un kombucha est censé être infime mais n’est en général pas indiqué sur l’étiquette. Face à ces incertitudes, le kombucha n’est pas recommandé aux femmes enceintes ni aux enfants, même si là aussi, la documentation manque à l’appel.

Le kéfir de fruits est une aussi une boisson fermentée, acidulée et pétillante, obtenue grâce à la fermentation de fruits secs et d’agrumes. Les grains obtenus permettent de produire plusieurs boissons de suite. Ces grains peuvent se transmettre entre particuliers, ou s’acheter dans le commerce, notamment dans les magasins bio. Pour les peu doués en fermentation comme moi, des boissons à base de kéfir toutes prêtes sont présentes sur le marché.

Les ginger beers et ales font également partie de la famille des boissons vivantes, car issues de la fermentation d’un levain de gingembre (ginger bug) que l’on peut réaliser chez soi.

D’autres boissons vivantes sont à découvrir dans le monde : le jun (thé vert fermenté avec du miel), le kvas (fermentation du pain), le lassi indien (eau et yaourt), etc.

Les jus de fruits (tranquilles ou pétillants)

Miam miam le jus de tomate ! Et oui, celui-ci ne se consomme pas uniquement dans l’avion, mais pourquoi pas à l’apéro, épicé façon bloody mary, ou nature. Alain Milliat, le grand artisan des “jus de dégustation” en propose même quatre : tomate jaune, tomate verte, tomate (rouge) et tomate noire de Crimée.

Capture d’écran issue du site Alain Milliat

Le travail sur le fruit d’Alain Milliat est exceptionnel, et celui-ci en parle de façon quasi spirituelle dans le podcast Génération Do It Yourself. Ses variantes du jus d’un même fruit en fonction des cépages et variétés seront familiers des amateurs de vins en plein sevrage : gamay, merlot, sauvignon, cabernet, chardonnay…

De tels jus, dont les prix sont proches de ceux de bières ou de vins plus que corrects (3 à 5€ les 33 cl, entre 6 et 10€ pour les 75cl et 1L), se dégustent dans des verres à pied ou à cocktail selon la recommandation de l’étiquette, ou dans des cocktails.

© Alain Milliat

Les jus de fruits pétillants se développent dans cette gamme, apportant un peu de bulles et de joie à vos apéritifs sans alcool.

La marque Unaju (de Manufacture Bordeaux) propose des jus bio qui sont quasiment des cocktails mêlant fruits, infusions herbacées, épices et bulles. Kiwi safran, framboise marjolaine, mandarine romarin ou cassis menthe sont autant d’invitations aux voyages sensoriels…  

© Unaju

Des cousins-cousines des jus de fruits qui méritent aussi leur chance à l'apéritif : les citronnades et smoothies.

Les “eautres”

Que boire d’autre à l’apéritif ? Pourquoi pas une eau minérale rare, plate ou pétillante, si votre palais est nostalgique du Water Bar du magasin colette, fermé en 2017.

Une boisson chaude ? Pas très festive, cela risque de ricaner dans l’assistance, mais cela se tente si c’est votre envie. D’autant plus si la carte de thés, cafés ou infusions du lieu où vous vous trouvez est bien fournie. 

Variante estivale (ou non) : les thés et infusions glacés. Toutes les grandes maisons du thé - Mariage Frères, Dammann Frères, Kusmi, etc. - s’y sont mis. Et cela se prépare aussi à la maison avec votre thé préféré, d'autant plus si vous l’anticipez un minimum.

Les sirops méritent également d’être cités, que ce soit pour les coupler avec de l’eau, ou dans le cadre de la préparation de “mocktails”.

Passons sur les energy drinks qui, s’ils ne sont pas alcoolisés, ne sont pas vraiment en phase avec une approche aussi bien gustative que saine. Filons plutôt explorer ce qui se trame du côté des boissons à la promesse quasi psychotrope.

Kin est une marque américaine proposant actuellement 3 “euphorics”. High Rhode et Kin Spritz promettent de fluidifier les relations sociales, mais sans lendemain qui déchante. Dream Light promet de vous accompagner vers un sommeil paisible, autrement qu’avec une tisane. Pour parvenir à de tels effets, Kin mélange des plantes adaptogènes régulant le stress, des nootropes comme l’acide GABA ou la caféine, ainsi que des plantes et fleurs comme l’hibiscus pour le goût. Kin n’est actuellement disponible qu’aux États-Unis, et est déconseillé aux mineurs, femmes enceintes et personnes sous traitement. Une limite de 4 verres par jour est recommandée. Cependant, ces “euphorics” ne semblent pas avoir d’effet sur nombre de consommateurs, même en cas de binge drinking, si on se réfère aux quelques avis publiés en ligne. Pas facile de concurrencer l’alcool sur ce terrain !

© Kin

Revenons en France avec Chilled, dont la promesse est d’être “un remède au stress du quotidien et à l’anxiété”. Cette boisson est issue de la rencontre entre une eau pétillante, une infusion de CBD et de l’hibiscus. Le CBD pour cannabidiol, est une molécule présente dans la plante de cannabis dont les vertues seraient relaxantes, et non psychotropes, a contrario de la molécule de THC responsable de l’usage récréatif du cannabis. En France, le CBD est actuellement au centre d’une bataille juridique, et les contours de son usage légal restent encore flous. 

Vous êtes donc arrivés au bout de ce panorama, bien évidemment non exhaustif. N’hésitez pas à me suggérer d’autres boissons à découvrir : ivresse@xuoan.com 

Notes

Cet article a été écrit en toute indépendance. Je n’ai aucun lien avec les entreprises citées ici. Tous les produits dégustés - pour mon plaisir et pour documenter cet article - ont été acquis avec mes propres deniers. Je ne prévois pas de partenariat avec les marques, mais j’accepterai volontiers quelques échantillons pour des articles à venir. Je préciserai alors quand les produits ont été offerts par la marque.